Radiothérapie


Radiothérapie
La radiothérapie est un traitement dit locorégionalparce
quil agit directement sur la zone du cancer et sur sa proche
périphérie, notamment sur les premiers ganglions. Lirradiation
par voie externe (transcutanée) est le type de radiothérapie le
plus utilisé.
Le traitement par radiothérapie implique un compromis entre la
nécessité dirradier suffisamment le tissu cancéreux pour permettre
le contrôle local de la tumeur et la volonté dirradier au
minimum les tissus sains voisins afin de limiter la morbidité. Les
progrès technologiques en imagerie médicale, en informatique
et en radiothérapie ont permis, depuis une décennie, de développer
la radiothérapie conformationnelle, qui se conformeau
mieux à la géométrie dans lespace tridimensionnel de la
tumeur. La radiothérapie conformationnelle en 3 dimensions
(RC3D), en conformant les faisceaux dirradiation au volume
tumoral à traiter, présente théoriquement 2 avantages. Dune
part, pour une dose dirradiation similaire à la radiothérapie
conventionnelle, elle diminuerait la morbidité des tissus sains
voisins. Dautre part en permettant daugmenter la dose dans
les tissus cibles, elle vise à améliorer le contrôle tumoral local,
sans accroître la morbidité induite. On parle alors doptimisation
de lindex thérapeutique (rapport efficacité/toxicité).
Cela est dautant plus important dans les cancers des voies
VADS, où les volumes cibles tumoraux sont à proximité de
nombreux organes sensibles (que lon souhaite donc protéger)
comme la moelle épinière, la peau et les muqueuses, les pièces
osseuses et cartilagineuses, les dents, les glandes salivaires
(parotides), mais également les globes oculaires, les nerfs
optiques, lencéphale, etc. Il faut bien se représenter que le ou
les volumes-cibles considérés incluent non seulement la
tumeur proprement dite, mais également les territoires
dextension éventuels et les aires ganglionnaires de drainage.
Létape ultérieure est la radiothérapie conformationnelle par
modulation dintensité ou RCMI. Par son principe physique,
elle permet de modifier volontairement la dose au sein même
du champ dirradiation, en modulant lintensité en énergie des
faisceaux dirradiation [8]. Le progrès de cette technique,
devenue opérationnelle en France au cours de lannée 2000,
réside essentiellement dans sa capacité à épargner les organes
à risque et à couvrir de façon plus efficace (plus homogène et
plus précise) les volumes cibles. Cest notamment le cas où les
volumes cibles sont de forme concave autour dorganes à
risque (tumeur de la paroi pharyngée postérieure enroulée
autour de la colonne vertébrale par exemple) et plus particulièrement
en cas de nécessité dirradier de nouveau une
tumeur [9]. Cette technique permet également lescalade de
dose avec un meilleur index thérapeutique, avec comme
espoir un meilleur contrôle de la maladie et une amélioration
notable de la qualité de vie. En effet, la protection des glandes
salivaires peut apporter un confort non négligeable pour les
patients, en diminuant voire en évitant lhyposialie ou encore
xérostomie, séquelle parfois majeure bien connue des traitements
par irradiation sur la sphère ORL.
Lindex thérapeutique de la radiothérapie peut également être
augmenté par différents moyens comme les modifications du
fractionnement, lutilisation de radiosensibilisants ou de radioprotecteurs
ou lassociation avec de la chimiothérapie. Les progrès
obtenus (ou attendus) grâce à ces possibilités incitent à
sinterroger sur la place actuelle de la radiothérapie conventionnelle
dans les cancers des VADS [10].
Le fractionnement peut concerner la dose totale ou le temps
total. À partir des modifications de ces paramètres, trois schémas
sont possibles : hyperfractionné (augmentation de la dose
totale à temps constant), accéléré (diminution du temps total
sans modification de la dose totale) voire très accéléré (diminution
du temps total et de la dose totale).
Au cours de la radiothérapie hyperfractionnée, la diminution de la
dose/fraction permet dépargner les tissus sains à renouvellement
tardif concernés par les effets tardifs du traitement (fibrose,
nécrose). La dose peut être augmentée jusquà 80 Gy. Cette
radiothérapie modifiée savère supérieure à la radiothérapie
Cancers ORL : les grands principes thérapeutiques
orl/cancérologi e
tome 36 > n° 11 > novembre 2007 > cahier 2
1637 Mise au point
conventionnelle en termes de contrôle tumoral local. En revanche,
elle a peu dimpact sur la survie. Cependant la toxicité tardive,
qui reste un facteur limitant de lirradiation, nest pas
influencée par laugmentation de la dose totale.
La radiothérapie accélérée se justifie par le fait que les cancers
épidermoïdes de la tête et du cou sont des tumeurs à prolifération
extrêmement rapide: leur temps de doublement potentiel
est de moins de 3 jours. Par ailleurs, par rapport à la radiothérapie
conventionnelle, lallongement de la radiothérapie a
un effet néfaste lié à la probabilité de perte de contrôle tumoral,
qui est variable, mais constante. Doù lidée daccélérer le
traitement pour obtenir de meilleurs résultats. Une hypothèse
qui semble confirmée en termes de contrôle local de la
tumeur, mais, là encore, sans effet significatif sur la survie.
Enfin, la curiethérapie consiste à délivrer des rayons au plus
près de la tumeur par lintermédiaire de sources radioactives
telles que le césium-137, liridium-192 ou liode-125.
Ces sources sont appliquées dans lorganisme au contact des
cellules cancéreuses, soit directement, soit scellées dans des
vecteurs. Cette méthode permet dirradier la tumeur en protégeant
au maximum les organes voisins et dans certains cas
déviter les traitements chirurgicaux. La curiethérapie sadresse
au traitement de tumeurs de petit volume, aux contours précis
et facilement accessibles (voile du palais, luette, etc.).
Les effets secondaires observés durant lirradiation sont essentiellement
la radio-épithélite et la radiomucite qui peuvent
nécessiter la mise en place dune alimentation entérale continue
par sonde. Ils sont habituellement réversibles mais leur
intensité peut parfois imposer larrêt du traitement qui est un
facteur pronostique péjoratif pour le contrôle de la maladie et
la survie. Les complications chroniques surviennent à partir de
la sixième semaine après la fin du traitement ; les plus fréquentes
sont la xérostomie et linduration tégumentaire cervicale.
Les complications dentaires doivent être prévenues par la
remise en état avant traitement et par des soins quotidiens
(bains de bouche, gouttières fluorées) à vie. La toxicité tardive
comme la constriction permanente des maxillaires, la sténose
pharyngée, la nécrose laryngée et la myélite post-radique plus
rares sont toujours à redouter. La toxicité actinique peut être
majorée par une chimiothérapie concomitante.